Quelle part sommes-nous prêt à laisser à la sagesse, l’intuition, l’empathie et l’authenticité
dans la pratique de la relation d’aide ?
Nous sommes dans une ère de CONNAISSANCE, où la re-connaissance qui nous est donnée est d’autant plus grande que nous
avons additionné de diplômes.
Le diplôme est l'expression d'une croyance moderne. Il répond à un
besoin de sécurité, de fiabilité. Mais il écarte, de ce fait, tout ce qui a trait aux compétences du cerveau droit (intuition, inspiration, créativité ...).
Le discours majoritaire - celui des autorités et des médias –
continue donc à présenter le diplôme comme le seul garant de la valeur professionnelle de quelqu’un et de son intelligence, en particulier dans le domaine de l’accompagnement thérapeutique.
Autrement dit, hors diplôme, il ne serait pas raisonnable de penser qu'un être humain puisse en aider un autre à retrouver l’équilibre, le bien-être.
Cette tenace croyance qu’hors du dipôme point de salut occulte le
fait qu'à instruction égale, les diplômés ont des compétences très variables en fonction de leurs capacités innées et en fonction de leurs expériences de vie. Il serait vraiment regrettable et
tragique d'écarter de la relation d'aide les personnes qui, hors du circuit des écoles, se sont éveillées à une sagesse tout aussi thérapeutique.
Dans tout travail d’accompagnement, l'empathie, la présence, le
rayonnement, l’intuition, l'écoute, ou l’éveil personnel à certaines valeurs, ont un rôle essentiel à jouer.
Bien que cela ne soit pas mesurable, ne serait-il pas judicieux de
donner ses lettres de noblesse à ces autres compétences, non acquise en université, et qui font pourtant toute la valeur d’un thérapeute. Le grand psychiatre Milton Erickson, par exemple,
pensait qu’aucune théorie psychologique ne pouvait rendre compte de l’infinie diversité des êtres humains. Il se mettait en état de conscience modifiée pour mieux saisir les messages subliminaux
non verbaux que les patients émettent inconsciemment.
Plus que ses connaissances intellectuelles, ses apprentissages, ou
son appartenance à telle ou telle chapelle, les qualités personnelles d’un thérapeute, son expérience, son authenticité, sa sagesse, sa capacité à se remettre en cause sont essentiels dans sa
pratique.
Tenir pour acquis un savoir, sans jamais le remettre en cause,
conduit au dogmatisme, empêchant tout un chacun de développer la finesse de ses propre ressentis et d’apprendre de ses propres expériences.
Les réalités sont multiples et changeantes ; tout comme les
savoirs, notamment dans le domaine des sciences dites “molles”. L’humilité, pour qui travaille sur la pâte humaine, consiste à ne pas s'attacher exclusivement à ce qu’il sait
déjà.
Le savoir appelle a être actualisé constamment. C’est par la
connaissance que nous réactualisons ce que nous savons et que nous décidons même d’abandonner certains savoirs périmés.
La connaissance est une cognition enracinée dans l'instant présent,
donc instantanée et vivante, et par conséquent changeante.
Nous ne pouvons ignorer par ailleurs que le savoir a plusieurs
niveaux de fiabilité :
1 – ce qui est transmis par l'observation directe ou l'expérience
directe
2 – par la déduction logique
3 – par l'information estimée être probablement de source
sûre
4 – par l’information transmise sans vérifier ou garantir la
fiabilité de ses sources.
L’ultime connaissance passe par cette exigence d’honnêteté qui
consiste à ne pas se mentir à soi-même ; c’est la seule voie du "connais toi toi-même", qui ne sera jamais réalisée par l'étude des livres de sagesse, religieux ou de philosophie
antique ou par la mémorisation des phrases de tous les maîtres du passé.
Pour finir, cette citation de Krishnamurti
:
La culture, le savoir, empêche la perception directe. Mais le
savoir est un havre sûr, la chasse gardée de l’élite ; et comme les ignorants sont impressionnés par le savoir, le savant est respecté et honoré.
Penser est un obstacle à la perception directe ; et il n’y a pas de sagesse sans perception directe. Le savoir, l’idée, la croyance, fait obstacle à la sagesse. Un esprit absorbé n’est pas
libre, spontané, et ce n’est que dans la spontanéité qu’il peut y avoir découverte. Un esprit absorbé est enfermé en soi-même ; il est inapprochable, invulnérable, et c’est là que réside sa
sécurité. La pensée, de par sa structure même, isole le moi ; rien ne peut la rendre vulnérable. La pensée ne peut pas être spontanée, elle ne peut jamais être
libre.